Learning from SKY / Un enseignement à ciel ouvert

16 Janvier 2013, 12:02pm

Publié par learning-from.over-blog.fr

 

IMG_0726.JPG

 

 

"Je crois qu’il vaudrait mieux pour les étudiants aller jusqu’à poser les fondations eux mêmes…(…) J’entends que les étudiants ne devraient pas jouer à la vie, ou se contenter de l’étudier, tandis que la communauté les entretient à ce jeu dispendieux, mais la vivre pour de bon du commencement à la fin. Comment pourrait la jeunnesse apprendre mieux à vivre qu’en faisant tout d’abord l’expérience de la vie ?"

Walden ou la vie dans les bois, Henry David Thoreau

 

 

 

Pendant deux semaines, en novembre 2012 dernier, 12 étudiants de l’école d’architecture de Toulouse et 12 étudiants de l’université d’architecture de UJ ( Unniversity of Johannesburg) ont travaillé au sein de l’orphelinat de SKY (Soweto Kliptown Youth) dans le quartier de Kliptown, situé au Sud Ouest de Johannesburg et limitrophe de Soweto.

 

L’orphelinat géré par Bob Nameng, représente une véritable institution au sein de ce  quartier historique de l’Afrique du Sud (lieu de la signature de la charte de la liberté en 1955).  Il est  un lieu fondamental  d’éducation, de création artistique, et de lien social pour nombreux membres de la communauté.  Hommes et femmes de tous âges et de tout horizons se retrouvent, s’entraident, s’organisent, se forment (groupes de danses) et transmettent savoirs et valeurs aux générations futures.

L’orphelinat a été créé en 1987 dans la propriété principale d’Eva Mokoka (La tante de Bob Nameng). Il s’est développé d’année en année, au gré des moyens et des aides, de proche en proche, à partir d’une cour et d’une maison coloniale principale.

Ainsi, aujourd’hui, le centre compte autour de cette cour principale de nombreux bâtiments colorés, dont une partie réfectoire-cuisine et une partie bibliothèque-centre informatique avec des dortoirs garçons et filles attenants. Une venelle permet d’accéder à une seconde cour constituée de potagers. Situé dans un quartier informel, non reconnu officiellement, (le quartier n’est pas inventorié sur les cartes), le centre communautaire, bien que s’étant développé du mieux possible, souffre de « manques » essentiels,  obstacles à une meilleur hygiène et à plus de confort pour la vie de tous les jours.

 

C’est ainsi que l’orphelinat ne bénéficie pas de connections au tout à l’égout, aussi, quand bien même les nouveaux bâtiment dortoirs sont équipés de douches, celles-ci ne sont pas raccordées et donc ne peuvent fonctionner.

La cour principale en terre, qui présente une forte déclivité, est l’objet de forts ruissèlements les jours de pluies, de même, les parties de dortoirs situées en contrebas sont régulièrement inondées.

 

En amont de l’atelier, les étudiants ont rassemblé de nombreuses informations et observations sur le centre. Ils ont listé, inventorié l’ensemble des éléments  qui le constituait et qui pouvait y être amélioré (assainissement, traitement de la cour et des eaux pluviales, traitement des jardins).

À l’aide de leurs recherches et des connaissances rassemblées, ils ont entamé des propositions.

 

Les deux semaines du workshop, sous l’impulsion et l’aide d’enseignants et d’intervenants d’horizons très divers (Kinya Maruyama-Japon, Carin Smuts-Afrique du Sud, Alex Opper-UJ unniversity, Christophe hutin et Daniel Estevez Ecole d’architecture de Toulouse), ont été l’occasion de confronter ces études à la réalité, à ce qui était déjà là, aux matériaux disponibles, aux 200 personnes de la communauté qui étaient prêtes à aider, aux pratiques existantes.

 

Les propositions réalisées, dans les salles de l’école d’architecture ont été appropriées par la communauté, les solutions apportées se sont simplifiées sans pour autant perdre de leur véracité, elles sont devenues plus précises, et ont permis après quelques temps de rodage, le passage à l’action et à la pratique.

 

Le système de drainage proposé constitué de deux bassins filtrant, a été réduit et compacté.

Après s’être rendu compte que le sol existant était dur et compact, le système d’étanchéité  a été simplifié, les trois couches de géotextiles initialement prévues n’étant pas nécessaire.

Le projet initial de toilette sèche ne se fera pas, à la place un plombier a proposé de raccorder deux toilettes extérieures, en cours de réalisation par les étudiantes, à un tuyau existant qui était déjà en attente. À défaut de compacteur qui était inutilisable à mi parcours, la dalle drainante de la cour a été tassée et compactée par les jeunes de la communauté et les étudiants, la danse aidant.

Les fondations  des auvents extérieurs attenants à la cour ne pourront pas être creusés étant donné la présence de dalles existantes, elles seront donc réalisées à l’aide de deux rangées verticales de pneus. Au niveau de la seconde cour, une dalle existante servira de support  à une serre de semis, plutôt que d’utiliser le jardin existant qui sera utilisé pour le drainage des eaux de pluie et pour faire pousser d’autres légumes.

 

Ainsi, à travers les liens qui se sont tissés entre étudiants et membre de la communauté, 

à travers ces regards croisés, de multiples va et vient  se sont crées entre  les premières propositions et ce qui a finalement été réalisé.

Dans les derniers jours, un plaisir et un entrain commun transparaissaient de l’ensemble des groupes de travail, les différents chantiers se développaient sans compter les heures, en improvisant, en allant au plus simple et avec une envie commune de réaliser les travaux dans les délais impartis.

 

Vendredi 31 Novembre, alors que dans la cour les jeunes de la communauté entamaient plusieurs spectacles chantés et que Les premières et nombreuses images des danses organisées au centre de la cour revenaient à l‘esprit, une certaine magie, un enchantement était palpable… 

 

Comme si l’intérêt de cet enseignement à ciel ouvert était là, dans l’incarnation de l’architecture, dans la mise en relation au plus près des livres étudiés, des références analysées, des propositions faites avec la réalité d’un contexte, culturel, économique , humain.

Le résultat  n’est pas à l’image des premières solutions apportées,  mais  il est le reflet d’un lieu bel et bien vivant, d’une communauté, toujours pleines de ressources et d’inventivités malgré les difficultés rencontrées.

De par cette expérience, les étudiants ont dû s’adapter, corriger, affiner et  mettre en oeuvre leurs idées en équipe en se basant sur les capacités de chacun,  en les coordonnant  au plus près, créant une architecture de liens, forte en enseignements, que ce soit pour eux, pour les membres de la communauté, et surtout pour tous ces enfants qui étaient toujours aux aguets pour comprendre ce qui était en cours. 


Nicolas Hubrecht / Architecte DPLG, Enseignant de l'atelier Learning From, ENSA Toulouse 2012