L'appropriation sociale de l'architecture

22 Octobre 2010, 13:08pm

Publié par learning-from.over-blog.fr

"Voilà ce que je veux inculquer aux élèves. Échapper à leurs dessins, composer en se promenant. L'oeil est un point fixe et l'architecture doit pivoter de toute sa masse autour du regard. C'est comme cela qu'on apprend à construire, et construire des cités où il est agréable de vivre." 

L'oeuvre de Fernand Pouillon a toujours répondu à ce plaidoyer pour une architecture du mouvement et du bien-être.  L'architecture doit pivoter autour du regard, elle organise la vie à hauteur d'homme et la construction n'est rien si elle ne permet pas d'accéder à une vie sociale dense et  durable. Tel est le message. Ici la construction est contrôlée dans ses détails précis mais avant tout elle est maîtrisée dans ses coûts pour servir un but social. 

Les résultats son convaincants. La beauté de la cité Climat de France à Alger montre, aujourd'hui encore de façon exemplaire, ce que l'appropriation sociale apporte à l'architecture quand celle-ci est  construite avec précision, rigueur et surtout avec retenue. Elle lui apporte son contenu, sa signification. 

L'appropriation sociale de l'architecture, c'est cette multitude d'actes, de gestes, d'attentions, de soins ou d'habitudes quotidiennes par lesquels les habitants activent le bienveillant bâti qui les accueille. L'appropriation, c'est le désordre de la vie, du linge au fenêtre, des fleurs aux balcons, du bruit et des réunions sur les terrasses. 

Mais cette activation de la pierre et du béton par les êtres humains qui y habitent ne va pas de soi. Elle est en fait rendue possible par le métier de l'architecte. Le métier résulte directement de sa capacité à articuler dans un même bâtiment qualités sensibles, qualités d'usage et économie de la fabrication. C'est là l'humanisme de l'architecte, il se refuse à être un planificateur en surplomb. Un spécialiste des plans masses qui organisent des morceaux de sucre vus d'avion. "Je préfère mille architecte à un seul urbaniste" disait ironiquement le mois dernier Jean-Philippe Vassal lors d'une conférence à l'école d'architecture de Toulouse. Fernand Pouillon n'aurait probablement pas désavoué cette  sentence.

 

Plan Libre #82 journal de l'architecture, éditorial mai 2010

 

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