Il faut un village pour éduquer un enfant

8 Avril 2013, 14:53pm

Publié par learning-from.over-blog.fr

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"[...] Le premier espace social éducatif est la famille. [...] la famille n’est pas éducatrice parce que ses membres sont éducateurs. Elle est éducatrice simplement parce qu’elle est. Parce qu’elle est un système vivant ayant toutes les caractéristiques qui qualifient les systèmes vivants, composés d’autres systèmes vivants comme les enfants. 

Ce n’est que très récemment que biologistes, neurobiologistes, cognitivistes, ont démontré que tout système vivant se structure et se complexifie dans l’interaction avec son environnement, mais aussi par rapport à la structure des autres systèmes vivants dans lesquels il est inclus ou en interaction. 

Bien sûr que chaque famille a ses propres principes éducatifs et règles éducatives. Peu importe qu’ils soient jugés bons ou mauvais. L’enfant s’y construira, même en opposition, et cela échappe même aux principes dits éducatifs, souvent au grand dam de ses parents.

Au fur et à mesure que les langages de l’enfant se complexifient, ses espaces d’évolution, d’investigation s’étendent. Au voisinage par exemple. 

Evidemment que cet environnement physique et social est éducatif, qu’il le veuille ou non, qu’on le veuille ou non. Le canapé défoncé sur lequel on peut sauter, comme le chat de la maison, comme la voisine sympathique ou le voisin irascible. 

La construction de l’enfant s’effectue dans la complexité, et la complexité, c’est ce qu’il est impossible de cerner. Mais chacun dans cet environnement exerce un pouvoir qu’il ignore.

Normalement, dans l’agrandissement de ses cercles topologiques et sociaux que lui permet l’accroissement de son autonomie dans sa proximité, l’espace et l’entité suivante devrait être le village ou le quartier. 

C’est bien ce qui se passe dans les microsociétés étudiées par les anthropologues. Pas besoin d’écoles, de crèches, de centres de loisirs ! On y devient adulte tel je l’ai défini de par la vie même de ces microsociétés et ceci sans ruptures.

Or nos villages et nos quartiers ne constituent pratiquement plus des entités sociales, ayant la caractéristique des systèmes vivants qui est celle d’éléments en interaction et en interrelation dans un espace ayant ses frontières et ayant la capacité de s’auto-organiser de façon autonome. 

Que trouveraient nos enfants s’ils n’avaient que le village pour poursuivre leur évolution ? Même plus le garde-champêtre comme dans la guerre des boutons. Notre organisation sociétale a morcelé, institué, séparé, insécurisé l’espace social qui finit par ne plus en être un. [...]

On se veut de plus en plus éducatifs, et le territoire et l’environnement deviennent de moins en moins éducatifs. On oublie que ce qui aboutit à la construction d’un enfant en adulte, donc en citoyen, ce sont toutes les interactions affectives, cognitives et sociales qui peuvent avoir lieu là où vit l’enfant. Un territoire qui ne constitue plus une véritable entité sociale, un système social vivant, est anti-éducatif."

Extrait de conférence de Bernard COLLOT, Centres de Recherches des Petites Structures et de la Communication, 2012.