L’idée du monde n’y suffit pas

27 Juin 2021, 17:24pm

Publié par learning-from.over-blog.fr

Alors, sortons, levons nous d’Ouest, quittons ce Couchant, virons par exemple en secrète et tourmentée Afrique ! J’accepte que notre langage soit offensant, dru et cru, de mamelles ouvertes, de poils sûrs, de poussières d’insultes, de hoquets lucides, il faut injurier la misère et aplatir les profiteurs. Mais j’allume aussi un boucan de solennités, là où il convient de durer, là où la Relation n’est pas de ceci à cela mais du tout au tout. Il est bien vrai que les ennemis du vivant craignent surtout non pas la totalité mais la diversité, non pas l’altérité mais l’étrange et exigeante mixité.

Aucune poétique n’est “universelle “ pour nous. L’idée du monde n’y suffit pas. Les poétiques fuient l’impeccable perfection de leur propos même, se donnent au tremblement. Les anciens poèmes, les poèmes incertains d’alentour, l’inspiration des amis, le cri au loin. L’idée du monde n’est vivante que de s’autoriser des imaginaires du monde, où s’annonce que mon lieu inlassablement conjoint à d’autres, et en quoi sans bouger il s’aventure, et comment il m’emporte dans ce mouvement immobile.

 

Edouard Glissant, La terre le feu l’eau et les vents, une anthologie de la poésie tout monde, Ed. Galaade.

 

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