Orphea (extraits)

9 Février 2017, 13:56pm

Publié par learning-from.over-blog.fr

Léa Van de Casteele, extrait de publication
Léa Van de Casteele, extrait de publication
Léa Van de Casteele, extrait de publication
Léa Van de Casteele, extrait de publication
Léa Van de Casteele, extrait de publication

Léa Van de Casteele, extrait de publication

Ma ville invisible
Après trois jours d’errance dans le désert plat, aride, sec, le voyageur aperçoit la ville d’Orphéa où convergent les promeneurs perdus. Elle est posée là, au milieu du sable, comme une feuille d’or légère et vacillante; fragile. On n’en connait pas l’histoire, mais chacun a l’impression qu’elle renaît à chaque fois qu’un explorateur arrive.
Lorsqu’on s’en approche, on découvre un jardin sans  n. Ni maison, ni forum, ni chemin, ni marché, seules les plantes y règnent et cohabitent avec les habitants, les accueillant dans leur monde. Si on s’en approche, on découvre un sol sculpté en sillons étroits. Des creux qui s’étendent aussi loin que le jardin, où grouillent des âmes silencieuses. Majestueuse et brillante, cette ville de l’intérieur les éblouit et les guide depuis le début de leur voyage: cette petite lumière, tantôt bleue, tantôt jaune, tantôt rouge, elle est parfois à l’origine même de ce voyage et les pousse à prolonger leur exploration. On y aperçoit un vieil homme arroser son potager, une  fillette broder la maison d’en face, une femme tresser les cheveux de sa voisine, un fou passer de maison en maison à travers les fenêtres, un minier descendre travailler. Ce sont les vrais habitants d’Orphéa, ceux qui l’entretiennent et ceux qui l’ont créée.
Ce sont ces propriétaires qui sèment chaque  fleur de ce jardin, qui l’arrosent, qui choisissent sa couleur, qui créent sa forme. Cet Eden somptueux prend source dans la ville du bas et éclot à peine les toits des maisons dépassés. Cet effloraison s’apparenterait presque à un feu d’artifice : l’énergie contenue est subitement libérée, dévoilant l’éden plus féérique, plus beau et étincelant qu’à l’aube de son parcours pincé. Cette oasis a deux beautés : celle qu’elle donne à voir aux visiteurs pressés, la beauté superficielle, vide; et celle, replier, qu’elle dévoile seulement à celui qui s’intéresse, s’interroge et s’attarde. Elle révèle alors toute la richesse de ces terres, l’odeur de son eau, la douceur de sa lumière.
D’Orphéa, rares sont les voyageurs qui en ont vu le véritable trésor.

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