Nids

9 Février 2017, 12:13pm

Publié par learning-from.over-blog.fr

Clémentine Cancel, extrait de publication
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Nous sommes des animaux. Nous vivons comme eux, nous construisons comme eux. mais l’évolution a fait que nous nous sommes dénaturés, tournant le dos à notre instinct, cherchant à consommer plus, à posséder plus, à s’étaler d’avantage. Nous ne cessons de marcher encore plus vite, sans s’arrêter, de mener à son terme chacune des journées qui détermineront ce que nous serons. 
Et si nous prenions le temps de nous arrêter ? Posons-nous ici, un instant, juste pour admirer ce qui nous est donné à voir. Plus nous nous élevons, plus la vue se déverse devant nous sans que nous puissions la contenir. Ce privilège-là, n’est pas accessible en tout point, seulement depuis de précieux nids dont il faut connaitre la situation. 
Nombre d’entre nous ont tenté d’apprivoiser ces vues. Les promontoires, ou belvédère dont les villes disposent à profusion ont été créés à cette n. Mais ils ne sont que conditionnés par nous autres humains, et leur mystère s’en est allé sous les pas de milliers de passants. Pourtant, on peut encore apercevoir des nids d’oiseau dans la ville, qui disposent de ces mêmes qualités, mais demeurent silencieux car non exploités. 
Je vois des nids de colibri, qui s’apparentent désormais plus à l’excroissance d’une branche qu’à une confection précieuse et fragile. Ils ne demeurent que des recoins que nous n’explorons plus, puisqu’ils viennent se raccrocher à nos cheminements, sans jamais nous en détourner. 
Leurs créateurs les ont suspendus, là, dans le vide, leur o rant de nombreuse possibilité d’usage, sans penser qu’ils pourraient devenir des espaces résiduels, que nous ne ferions que croiser. Si nous choisissions de nous y arrêter, alors ils se révèleraient être de véritables ressources qu’il faudrait alors repenser. 
Je vois des nids de tourterelle, qui s’étalent en plateaux. Ils sont imposants, mais ne semblent être que des coudes que nous empruntons quotidiennement, sans en relever la qualité, sans même remarquer que nous les traversons finalement. Ils sont devenus insignifiants, et nous ne cessons de les effleurer sans jamais les toucher. 
C’est parce qu’ils font part de notre paysage quotidien que nous ne les remarquons plus. C’est parce qu’ils font part de notre paysage quotidien qu’ils sont riches, et particulièrement précieux. 
Je vois des nids d’alouette, dissimulés dans les hautes herbes, que l’on pourrait abimer au moindre de nos pas. Ils ne prétendent à rien, ne sont même pas construits, mais ont autant de qualités que n’importe lesquels de ces autres nids. 
C’est parce qu’ils n’appartiennent qu’à la nature que nous ne les regardons pas. Ils ne sont pas marqués, ils sont invisibles. mais c’est cette même transparence qu’il est agréable de relever. Car tout y est à faire, à penser, à aménager a n que l’on puisse rester là, à observer silencieusement ce qui nous est donné à voir. 
Je vois des nids d’aigles, surplombant tout autre point de vue, mais dont l’accès semble di cile, à tel point que leurs créateurs eux même ne s’y rendent plus. Pourtant la vue y est captivante, plus que jamais, et lorsqu’on l’aperçoit en n, elle nous rend captif, incapable de la quitter. 
Ils sont vides d’usages, mais comblés de cette qualité visuelle indéniable. Leurs concepteurs n’en ont fait que l’esquisse d’une pause marquée par les matériaux, mais dont toute trace de vie nit par s’e acer avec le temps. Si on décide de les considérer, alors il faut également prendre le temps de les valoriser de nouveau. 
Je vois des nids de pie, qui se construisent de matériaux surprenants que la vie a amenés à se rencontrer. Au bord d’une falaise, discutant avec le vide, on ne reste pas indifférent à cette scène singulière qui se joue devant nous. C’est une chance de pouvoir y assister, et lorsque l’on en prend conscience, alors on ne compte plus le nombre de ses pièces qui composent la ville. 
Si je retire ces matériaux, alors la scène sera tout autre, si je les conserve, alors je n’agirai pas. Demeurons-nous spectateurs ou deviendrons-nous acteurs ? Ne s’agit-il pas d’explorer chacune de ces morceaux de temps pour ponctuer notre quotidien d’évènements rares et précieux ? 
Je vois toutes sortes de nids que l’on oublie de voir. toutes sortes de nids que l’on n’exploite pas. toutes sortes de nids qui sont des opportunités. Si l’on parvient à prendre conscience qu’ils possèdent de véritables qualités, alors ils se révèleront être de d’étonnantes ressources qu’il sera libre de penser, d’aménager. Sans oublier que c’est par leur unicité qu’ils sont éclatants, et que c’est cette même unicité qu’il leur faut enraciner. 

 

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